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Georges Boudarel

(21-12-1926 - 29-12-2003)


Né le 21-12-1926 à Saint-Etienne (Loire) dans une famille catholique, Geoges Boudarel fait de bonnes études chez les Pères Maristes, puis obtient sa licence de philosophie.


Prend sa carte du Parti Communiste Français en 1946. Nommé enseignant en Indochine, alors qu’il n’a pas encore effectué son service militaire et se trouve en situation de « sursis », embarque sur le SS « PASTEUR » au début d’avril 1948. Débarqué en Cochinchine, il est affecté au Lycée Yersin de Dalat comme professeur de philosophie.

Entre temps, à Saïgon, il établit des contacts suivis avec la cellule du Kominform appelée « Groupe culturel marxiste numéro 106 ».

Il remplit alors diverses missions pour l’Education Nationale : correction du baccalauréat à Hanoï (juin 1949), stage au Collège de Vientiane au Laos (automne 1949), affectation au lycée Marie Curie à Saïgon (fin 1949).

En 1950, il décide de sauter le pas, écrit-il, et rejoint le maquis viet-minh. Il y sert pendant deux ans. Plus tard, il sera appelé sous les drapeaux sur le territoire indochinois et, ne se présentant pas aux autorités militaires françaises, il sera considéré comme « insoumis », et non comme déserteur.

Pendant cette période, il devient membre du Parti Communiste Indochinois qui se transforme peu après, le 3 mars 1951, en Parti des travailleurs (Dang Lao Dong). Il est affecté à la radio « Saïgon-Cholon libre » où il a en charge l’émission en français. Il prend le nom vietnamien de Daï Dong, c’est-à-dire : Fraternité universelle.

Fin 1951, il est désigné pour servir au Nord en vue de faire de la propagande en faveur de la paix et du rapatriement du Corps Expéditionnaire français (CEFEO) auprès des prisonniers que le Viet Minh envisage de libérer pour faciliter la fin des hostilités.

Il est mis en route début 1952 et mettra presque un an à rejoindre le Tonkin, en passant par les pistes de montagne de la Cordillère Annamitique, et en évitant soigneusement les forces françaises.

Le 22 décembre 1952, il arrive au Viet-Bac (Zone « libérée » par le Viet Minh au Tonkin) et se voit nommé Instructeur Politique adjoint au commissaire politique du Camp 113. Il est assimilé à un chef de compagnie (Daï Dôï Truong) avec une rémunération triple, soit trois kilos de paddy par jour. Le kilo de paddy, riz non décortiqué, est alors l’unité monétaire dans les zones occupées par le Viet-Minh.

Il arrive le 7 février 1953 au camp 113, situé à Lang-Kieu non loin de la frontière de Chine, au sud d’Ha-Giang, dans le bassin de la Rivière Claire (Song Lô), à une vingtaine de kilomètres de Vinh Thuy.

Il y appliquera consciencieusement le programme de lavage de cerveau conçu par le Dich Van, organisme du gouvernement central chargé de la rééducation politique des prisonniers de guerre.

Il mesure parfaitement les absurdités du système, et parfois même son ignominie, surtout lorsqu’il constate le taux très élevé de la mortalité parmi les captifs : 50%, au sujet duquel il alerte sans succès sa hiérarchie. Il écrira par la suite : « Comme les détenus, j’étais prisonnier du système » (Voir son Autobiographie).

Il quitte le camp 113 en février 1954 et se voit affecté à l’émetteur radio La voix du Vietnam, situé dans un endroit tenu secret du Tonkin.

En octobre 1954, à la suite des accords de Genève, il rejoint Hanoï où il restera dix ans.

Déçu par l’évolution du régime communiste et les purges de 1955-1956 qu’il décrira plus tard dans un livre témoignage Cent fleurs éclosent dans la nuit du Vietnam (Jacques Bertoin-1991), il quitte le Vietnam et se réfugie à Prague en 1964. Il y obtient un poste à l’Institut d’Etudes Orientales, puis il entre comme rédacteur à la Fédération Syndicale Mondiale. Il découvre alors la sclérose du système communiste kafkaïen dénoncé par Kroutchev.

Entre temps, en France, il a été condamné à mort pour insoumission et désertion.
Le 17 juin 1966, à Paris, l’Assemblée Nationale vote la loi d’amnistie relative aux infractions commises en relation avec les évènements d’Algérie. Un amendement communiste constitue l’article 30 de cette loi. Il stipule que « sont amnistiés de plein droit tous crimes et délits commis en liaison avec les évènements consécutifs à l’insurrection vietnamienne, et antérieurement au 1er octobre 1957 ».

Georges Boudarel profite de ces dispositions pour rentrer en France après dix-huit ans d’absence qu’il qualifiera pudiquement, par la suite, de « voyage d’études en Extrême- Orient ». Il reprend une vie normale sans être ennuyé, y compris en ce qui concerne son service militaire qu’il n’a pas encore effectué. Grâce à l’amnistie, il est redevenu simple sursitaire. Le réalisme politique prévalant, il en est « exempté pour raison médicale».

Il entre à l’université Jussieu-Paris-7, dès sa création en 1970,et y devient maître de conférence d’Histoire. Il milite pendant un temps au sein du « Front de solidarité Indochine » trotskiste, puis fait deux courts séjours au Vietnam en 1978 et 1989.

Il prend position contre le régime d’Hanoï dont il dénonce les méthodes d’endoctrinement et le système en publiant : La bureaucratie au Vietnam (L’Harmattan-1983).

Il vivra tranquille jusqu’au 13 février 1991. Ce jour-là, au cours d’un colloque organisé au Sénat par le Centre des Hautes Etudes sur l’Afrique et l’Asie Modernes, il doit prendre la parole. Il est alors pris à partie par Jean-Jacques Beucler, ancien ministre et ancien député, qui a été lui-même captif en Indochine quatre ans durant et parle au nom des nombreux anciens prisonniers du Viet-Minh qui l’entourent.

Alors débute « l’affaire Boudarel ».
Il sera soutenu par de nombreuses personnalités de gauche, au nombre desquelles Monsieur Pierre Vidal Naquet, qui, sans pour autant l ‘exonérer, « refuse de cautionner, même par un simple silence, la chasse à l’homme qui est en train de se dérouler » (Le Monde, 23 mars 1991).
Plus tard il quittera le Parti communiste, déclarant au Monde en 1991 : « J’étais stalinien, je le regrette à 100% »…C’était bien tard, le mal était fait.

Il cesse d’exercer à Jussieu en 1992, date de son départ à la retraite.

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