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2 - Nature des camps

Qu’ils aient été provisoires ou définitifs, ils eurent tous des caractéristiques identiques, tant en ce qui concerne les installations délabrées que les modes de vie, la précarité, l’endoctrinement, l’insalubrité et la mortalité.

Cependant, des prisonniers purent se trouver parfois enfermés dans des conditions particulières liées aux évènements qui émaillèrent leur captivité.
Certains furent incarcérés provisoirement dans des prisons civiles réservées uniquement à des détenus vietnamiens, hommes ou femmes, impliqués dans des affaires relevant du droit commun ou de raisons politiques. Ce fut le cas de la prison du Yên-Té, installée dans un village construit en dur situé au nord de Bac Ninh (Tonkin). L’auteur de ces lignes s’y trouva seul militaire, deux semaines durant en juin 1951, enfermé au secret dans une cellule avec deux femmes vietnamiennes.

D’autres connurent les prisons civiles mixtes réservées à la fois aux Vietnamiens hommes et femmes, et aux Thu-Binh (prisonniers de guerre). Ce fut le cas du Pénitencier situé à trente kilomètres environ au nord de la ville de Thaï Nguyen. Il était entouré par une double enceinte de bambous épineux, surveillée en permanence par des miradors. Les conditions de vie y furent particulièrement sévères pour le petit noyau de captifs s’y trouvant en juillet 1951…33 % y moururent en un mois !

Il en fut de même à la prison de Tuyen Quang où cohabitèrent des détenus vietnamiens et des militaires français. Le rédacteur de ces lignes séjourna dans ces deux prisons avec quelques compagnons d’infortune en juillet et août 1951.Là, il connut le carcan où l’on enserrait une des chevilles des captifs le soir, en vue d’éviter les évasions.

La plupart des autres camps se ressemblèrent. Ils étaient de miséreux villages de paillotes de bambou couvertes de feuilles de latanier, construits et entretenus pas les prisonniers eux-mêmes. Installés, sans clôture, sur une colline, sous la végétation, à l’abri des vues aériennes, non loin d’une rivière qui assurait l’alimentation en eau, « la toilette », et l’évacuation des égouts qui en polluaient le cours en aval...

Le cantonnement comprend tous les bâtiments nécessaires à la vie de la collectivité : les dortoirs, vastes hangars ouverts à tous les vents, sous lesquels sont installés deux bat-flancs de « caïfen » (lattis de bambous ) séparés par un couloir. Là dorment entassés les uns contre les autres, se réchauffant et se passant mutuellement les poux et toutes les maladies, les prisonniers privés de moustiquaires et de couvertures, les pieds nus et sales.

On trouve ensuite les cuisines, « l’infirmerie » (véritable mouroir, où expirent des hommes squelettiques ) , le cimetière situé non loin de là, à la lisière de la forêt , la prison où sont enfermés les récalcitrants et les punis. Celle-ci peut être remplacée par une cage à buffles installée sous une maison à pilotis où habitent des paysans. Le supplicié y est attaché à un poteau. Il y souffre de l’odeur des bouses et des insupportables piqûres des myriades de maringoins, puces volantes attirées par les buffles. Parfois, à bout de souffrances et devenu fou il meurt.

Notons aussi les casernements des sentinelles, la maison de la « Direction », le magasin aux vivres etc.

Au centre du dispositif se trouve la place réservée aux meetings et rassemblements, disposant d’une estrade et de bancs rudimentaires destinés aux détenus.

Dans un endroit retiré ont été creusées les latrines où grouillent des millions d’asticots qui donnent naissance à des multitudes de mouches vectrices de toutes les maladies, véritable « pont aérien entre ce lieu et les cuisines » selon le mot-même de Boudarel.

 

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